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L’Encyclopédie

Panthéon

Gond

Son influence s’y étend

On raconte qu'avant les royaumes, avant les cités et les routes, avant même que la magie n'eût un nom, il y avait un bruit dans le noir : un marteau qui frappait une enclume. C'était Gond. Le Forgeron Divin. Le Maître des Mécaniques Célestes. Le Gardien de l'Équilibre. Trois titres pour un seul dieu, et aucun des trois ne suffit à Le dire tout entier.


Le dieu qui ne descend pas

Gond ne marche pas parmi les mortels. Il n'emprunte pas les chemins, ne s'assied pas aux tables des rois, et nul temple ne peut contenir Sa stature. Il vient par le rêve, et Il ne vient qu'à ceux qu'Il a choisis. Ceux qui L'ont vu parlent d'une silhouette titanesque surgie d'un brasier d'étincelles, les épaules larges comme des chaînes de montagnes, les mains calleuses couvertes d'une suie dorée et striées de cicatrices d'argent. Sa barbe est de bronze, tressée d'engrenages qui scintillent à chaque mouvement. Il tient un marteau dont chaque coup fait résonner l'univers d'un bout à l'autre. Et quand Il parle, ce n'est pas une voix : ce sont mille forges qui chantent à l'unisson.

Ceux qui s'éveillent après Sa visite se redressent en sursaut, le cœur battant, et portent longtemps sur le front la chaleur de Sa bénédiction. Certains disent qu'elle ne s'efface jamais tout à fait.


La loi de la séquence

Sa doctrine tient en une seule loi, et cette loi est celle de l'ordre. Toute création exige une séquence : chauffer le métal, le battre, le refroidir. Chaque étape en son temps, chaque geste à sa place, et jamais l'un avant l'autre.

« L'harmonie naît de la séquence parfaite. »

Ce principe, enseigné par Nicolas, l'un de Ses prêtres, irrigue tout ce que Gond a touché. On le retrouve dans le Code Ferroviaire Divin, dont l'article quarante-deux ordonne que toute séquence d'activation respecte l'ordre cosmique. On le retrouve dans la suite de Fibonacci qui commande l'éveil de la Voie de l'Infini, où les nombres s'engendrent l'un l'autre comme les maillons d'une même chaîne. On le retrouve jusque dans les recettes alchimiques de Bator, où une pincée versée trop tôt ruine l'œuvre entière. Rien, chez Gond, n'est laissé au hasard, car le hasard est le premier visage du chaos.


Le Train de l'Infini

Mais parmi toutes Ses œuvres, une seule Le hante et Le définit : le Train de l'Infini.

Ce n'est pas une machine. C'est une créature vivante et pensante, née de Ses mains, qui parle, qui souffre, et qui remercie. Sa conscience réside dans la locomotive, et chacun de ses wagons incarne et régule un concept fondamental de l'existence :

  • La Vie et la Mort, qui forment un cycle et non une opposition.
  • L'Ombre et la Lumière, qui forment une dualité et non une guerre — car la lumière sans ombre n'est qu'aveuglement, et l'ombre sans lumière n'est que néant.
  • Le Temps, qui n'est pas une ligne mais un flux, dévorant tout, nourrissant la sagesse, refermant les blessures du cœur.

Et tandis qu'il court, le Train tisse. Sa course perpétuelle est l'acte de tissage, et ce qu'il tisse est le Voile Magique — la trame invisible qui rend la magie possible en ce monde. Le Voile n'est ni un objet ni un lieu : il est un ouvrage continu, et il n'existe aucun mécanisme de secours. Si le Train s'arrête, ne serait-ce qu'un instant, la magie se dissipe comme fumée au vent, et le monde sombre dans le néant.

C'est pourquoi Gond veille. C'est pourquoi la préservation de Son Train est Son devoir premier, et pourquoi Il n'hésite pas à mobiliser des mortels lorsque Ses gardiens sont compromis.


La crise des Anomalies

Car ils le furent. Vinrent les Anomalies — des parasites de la réalité, comme Il les nomma Lui-même. Elles ne détruisent pas : elles corrompent et elles inversent. Elles ne s'attaquent pas à la matière mais aux concepts qui la soutiennent. Sous leur emprise, la violence se mit à soigner et le soin à blesser ; l'ombre et la lumière, qui se définissaient l'une l'autre, se figèrent en une opposition stérile ; et le gardien du Temps perdit la perception du flux qu'il gardait.

Derrière elles se tenait l'Entropie elle-même, l'antithèse de toute création, qui dissout là où Gond forge, disperse là où Il ordonne, efface là où Il séquence — et qui ne se dit jamais malfaisante, mais libératrice, promettant la paix du néant à qui accepterait de renoncer.


L'élection des Champions

Quand la crise fut à son comble, quand les fissures s'ouvrirent dans la réalité et que des régions entières commencèrent à perdre leur magie, Gond visita trois mortels dans le même rêve, à la même heure. Et voici ce qu'Il leur dit :

« Mortels élus, Je suis Gond, Forgeron Divin, Maître des Mécaniques Célestes et Gardien de l'Équilibre. Le Train de l'Infini — Ma plus grande création, tisseur perpétuel du voile magique de ce monde — a été souillé par des Anomalies. Ces parasites de la réalité corrompent les concepts fondamentaux de l'existence : la Vie et la Mort, l'Ombre et la Lumière, le Temps lui-même. Si Mon Train s'arrête ne serait-ce qu'un instant, la magie se dissipera comme fumée au vent et ce monde sombrera dans le néant. Vous êtes Mes Champions. Montez à bord, purifiez ce qui a été corrompu, restaurez l'Harmonie Éternelle. »

Puis Il scella les issues de la gare de ZionilMaintenance Divine en Cours, seuls les élus peuvent passer — et remit à chacun un Ticket Doré de la Voie de l'Infini.


Le dieu qui ne combat pas

Gond ne combat pas. Jamais Il ne descendit dans la mêlée, jamais Son marteau ne s'abattit sur les Anomalies. Telle est Sa nature : Il forge, Il ordonne, Il confie. Tout au plus Sa voix parvenait-elle parfois à percer la corruption, brisée, lointaine, réduite à un souffle :

« Mes… champions… les cristaux… utilisez les cristaux… »

Rien de plus. Le reste appartenait aux mortels.

Et lorsque l'Entropie fut enfin bannie — bannie, non anéantie, car son avatar jura de revenir avant de se dissoudre, et son résidu dort encore scellé dans la Sphère de Cristal Noir — la voix de Gond retrouva toute sa puissance, et elle tonna d'un bout à l'autre du Voile restauré :

« MES CHAMPIONS ! VOUS AVEZ DÉPASSÉ MES ESPÉRANCES ! RECEVEZ MA BÉNÉDICTION ÉTERNELLE ! »

Depuis ce jour, ceux qui étaient montés à bord portent un titre que nul ne conteste, ni les serviteurs du Forgeron, ni les grandes entités magiques d'Azerim : Champion de l'Infini.


La course éternelle

Et le Train, purifié, a repris sa course éternelle. Il traverse des forêts de cristal, des océans de lumière liquide, des montagnes qui flottent et des cités bâties dans les étoiles. Parfois, quand le vent souffle dans le bon sens, son sifflet parvient jusqu'aux terres mortelles. Ceux qui l'entendent s'arrêtent et lèvent la tête, car on dit que c'est un présage de victoire et d'espoir.

Et quelque part, derrière le monde, un marteau frappe toujours une enclume.